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Sauvegarde 7 min de lecture

Sauvegarde 3-2-1 : protéger réellement ses données

Presque toutes les entreprises que nous auditons ont une sauvegarde. Beaucoup moins ont une sauvegarde qui résisterait à ce qui arrive vraiment : un incendie, un vol, ou un chiffrement lancé un vendredi soir.

La règle tient en trois chiffres : trois copies des données, sur deux types de supports différents, dont une hors du site. Chacun répond à un risque précis — et sauter l'un des trois laisse une porte ouverte.

Pourquoi trois copies

La première copie, c'est la donnée en production : celle sur laquelle vos équipes travaillent. Elle n'est pas une sauvegarde, elle est ce qu'on cherche à protéger.

La deuxième est la sauvegarde locale. C'est celle qui sert au quotidien, dans l'immense majorité des cas : un fichier écrasé le matin, un dossier supprimé par erreur, un serveur à remonter après une mise à jour ratée. Elle doit être rapide, parce que c'est elle qu'on sollicite.

La troisième existe parce que la deuxième peut disparaître. Un support de sauvegarde tombe en panne comme n'importe quel disque, et il tombe en panne au pire moment : quand on le sollicite intensément pour restaurer.

Pourquoi deux supports différents

Deux disques du même modèle, achetés le même jour, installés dans la même machine, vieillissent de la même façon. Varier les supports — disques internes, NAS, stockage externalisé — évite qu'une cause unique emporte l'ensemble : un défaut de série, une surtension, un bug du système de fichiers.

Pourquoi une copie hors site

C'est le point que les PME traitent le moins, et c'est pourtant le seul qui couvre les scénarios qui détruisent une entreprise.

Un incendie, un dégât des eaux, un cambriolage ne font pas de distinction entre le serveur et le disque de sauvegarde posé à côté. Un rançongiciel non plus : il chiffre tout ce que le réseau peut atteindre, y compris le NAS de sauvegarde accessible avec les mêmes identifiants.

Une copie hors site — externalisée chez un prestataire de stockage, ou déposée sur un second site de l'entreprise — est celle qui reste quand le reste a disparu.

Les cinq erreurs les plus fréquentes

Elles reviennent dans presque tous les audits, et aucune ne relève de l'incompétence : elles relèvent du temps qui passe et de l'absence de contrôle.

  1. Le disque externe branché en permanence. Il est vu comme un lecteur du serveur, donc chiffré avec lui. Une copie utile est déconnectée, immuable, ou protégée par des identifiants distincts.
  2. Le NAS qui fait tout. Il héberge les fichiers de production et reçoit les sauvegardes. Une seule panne, un seul vol, et les deux partent ensemble.
  3. La machine ajoutée et jamais intégrée. Un nouveau serveur, un nouveau partage, une nouvelle application : s'ils n'ont pas été ajoutés au plan de sauvegarde, ils n'existent pas le jour de l'incident.
  4. Les alertes envoyées dans le vide. Les rapports d'échec partent vers l'adresse d'un salarié parti il y a deux ans, ou sont classés automatiquement par une règle de messagerie.
  5. La restauration jamais testée. C'est la plus coûteuse. Un travail de sauvegarde peut se terminer en succès pendant des mois alors que la restauration échoue.

Le test change tout. Une sauvegarde jamais restaurée est une hypothèse, pas une protection. Un test réel, chronométré, vous donne deux informations que rien d'autre ne fournit : que ça marche, et combien de temps ça prend.

Ce que la règle ne dit pas

Le 3-2-1 décrit une architecture. Il ne répond pas à deux questions que vous seul pouvez trancher.

Jusqu'à quand pouvez-vous remonter ?

C'est la question de la rétention. Une suppression de fichier se remarque en quelques jours. Une corruption silencieuse de base de données, ou un chiffrement déclenché longtemps après l'intrusion, parfois beaucoup plus tard. Si vos sauvegardes ne conservent qu'une semaine, vous ne pouvez rien récupérer au-delà.

Combien de données pouvez-vous accepter de perdre ?

Sauvegarder une fois par nuit signifie accepter de perdre, au pire, une journée entière de saisie. Pour beaucoup d'entreprises c'est acceptable. Pour un service qui enregistre des commandes toute la journée, ce ne l'est pas — et il faut alors des points de sauvegarde plus rapprochés.

Ces deux réponses déterminent le dimensionnement, donc le budget. Elles se décident avec la direction, pas avec le prestataire seul.

Par où commencer

Si vous ne devez vérifier qu'une chose cette semaine, vérifiez celle-ci : existe-t-il une copie de vos données que le réseau de l'entreprise ne peut pas atteindre ?

Si la réponse est non, c'est le premier chantier — avant tout achat de logiciel de sécurité, avant tout renouvellement de matériel. Si la réponse est oui, la deuxième question est : quand a-t-elle été restaurée pour la dernière fois ?

Sources & pour aller plus loin

Les références officielles sur lesquelles s'appuyer pour approfondir. Les liens ouvrent des sites tiers, dont le contenu peut évoluer.

Questions fréquentes

La règle 3-2-1 est-elle encore d'actualité ?

Oui, et elle s'est même durcie avec les rançongiciels. Des variantes plus exigeantes existent, ajoutant une copie hors ligne ou immuable et l'obligation de zéro erreur après vérification.

Pour une PME, le 3-2-1 correctement appliqué reste déjà un très bon niveau — bien meilleur que ce que nous rencontrons dans la majorité des audits.

Le cloud compte-t-il comme copie hors site ?

Oui, à condition que l'accès à cet espace ne repose pas sur les mêmes identifiants que le réseau de l'entreprise.

Un espace cloud monté comme un lecteur réseau permanent sur le serveur est chiffré en même temps que lui : il ne remplit pas la fonction.

Faut-il sauvegarder les postes de travail ?

Idéalement non — parce que rien d'important ne devrait vivre uniquement sur un poste. Dans la réalité, il y a toujours des fichiers en local, donc une sauvegarde des postes reste utile, en complément d'une politique claire sur où ranger les documents.